À l’ombre du temps
Itinérance japonaise
Pourquoi, depuis le premier jour où j’ai posé mon pied et mon œil sur le Japon, il y a vingt ans, ai-je ce sentiment étrange d’y être dans mon pays d’âme ?
Bien sûr, je suis lucide et critique sur de nombreux aspects sociaux et politiques du Japon que je n’idéalise pas, en particulier sur la place des femmes, les conditions de travail, la violence de l’histoire. Mais de l’âme de cette grande civilisation multimillénaire, quelque chose court jusqu’à moi qui me traverse, sans mots, comme une évidence. Est-ce la force d’une culture îlienne, l’enchantement que représente une véritable altérité, le fruit d’une quête d’ailleurs ? Peut-être, mais de façon plus simple, éminemment subtile, je le sais. Je sens en moi cette résonance qui, après une dizaine de voyages, ne fait que se renforcer, s’approfondir, me réjouir profondément, le long d’un calme et lent itinéraire.
C’est pour cela que, faisant un pas de côté vis-à-vis de mes séries habituelles qui sont thématiques et universalistes, j’ai voulu partager une série de photographies sur le Japon, non pas pour l’isoler comme un modèle ou un exotisme, mais pour offrir un aperçu de cet univers intime qui recueille la sève de ce qui m’est essentiel.
Le pas princier d’un cygne, une mystérieuse éclaireuse, un arbre qui n’a jamais connu l’homme, un temple de l’impermanence, le jeu d’un enfant, un jardinier du ciel, tout fait signe, tout fait sens pour moi. Et j’espère, pour vous, tout fera regard, silence, contemplation heureuse.